petite autobiographie

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       Je suis né le 03/06/1964, à Anadane, un village situé à environ 14 km au nord-ouest d'Alep, dans une famille de neuf enfants.  Jj'avais six ans lorsque l'on a déménagé à Alep, dans le quartier de Al-Achrafiya ; un événement qui m'a marqué négativement. Je garde encore l'image triste du reflet du soleil couchant sur le ciment du trottoir de la rue et la stérilité de celle-ci, comparée aux chemins de terre battue, couleur terre de sienne parsemée de vert ensoleillé, du village. Le contraste était énorme, car dans le village il n'y avait pas encore d'électricité ni d'eau courante, et le seul véhicule qu'il y avait était une vieille Citroën bleue, que l'on appelait " el-bosta", car elle amenait les courriers, et les gens en ville. Ma famille revenait au village l'été, mais ces retours devinrent de moins en moins fréquents, et le petit paradis qu'était notre maison de campagne, tombait petit à petit en ruine. Si j'ai un goût prononcé pour les plantes, les arbres et les fleurs, la nature en général, c'est grâce aux six premières années de mon enfance..."luxe, calme, et volupté"! Bien sûr tout n'était pas "rose", mais j'étais loin des soucis des grandes personnes, je le suis toujours d'ailleurs,  je crois.

     La passion de la peinture (passion, don, obsession...peu importe), me vient de ma mère et de mes frères aînés (tout le monde peignait, plus ou moins dans la famille... atavisme?) ;  tandis que la passion du verbe, des mots me vient de mon père. Très tôt,  j'ai opté pour la  peinture, inconsciemment au début, bien sûr, et plus consciemment plus tard, sans pour autant entreprendre d' études académiques.  Je suis  donc ce que l'on appelle :  autodidacte, même si ce terme n'est pas tout à fait exact.

     De mon enfance,  il me reste trop peu de souvenirs, et ceux qui restent sont un peu flous quant à la chronologie.  J'ai toujours été indifférent à la notion du temps chronologique, celle de la montre, du calendrier :

"Le Kairos est le temps de l'occasion opportune. Il qualifie un moment.« Maintenant est le bon moment pour agir. »Pour Aristote, dans L’Homme de génie et la mélancolie (traduction, présentation de J. Pigeaud, Payot, Rivages, 1988, p. 88), « Le mélancolique est l’homme du kairos, de la circonstance. »Le Kairos, une dimension du temps n'ayant rien à voir avec la notion linéaire Chronos (temps physique), pourrait être considérée comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l'instant. Une porte sur une autre perception de l'univers, de l'événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti.Le Kairos est un jeune éphèbe grec qui ne porte qu'une touffe de cheveux sur la tête. Quand il passe à notre proximité il y a trois possibilités : 1) on ne le voit pas; 2) on le voit et on ne fait rien; 3) au moment où il passe je tends ma main pour saisir sa touffe de cheveux et je l'arrête (j'arrête le temps) . Kairos a donné en latin Opportunitas (opportunité, saisir l'occasion)".Wikipédia.

    Qu'est-ce, sinon le temps de la peinture, de la création, le temps circulaire ? La peinture elle-même n'est-t-elle pas une tentative de "figer" le moment choisi, de l'arracher aux griffes du chronos, qui passe et nous broie sans pitié? Ces souvenirs qui me restent sont très nets et précis quant  aux couleurs, aux odeurs, et constituent pour moi des jalons, des balises décisives et chargées de sens. Un de ces souvenirs qui me hante toujours, et que certains tableaux du grand G. de Chirico  m'évoquent, mérite d'être raconter :

Je devais avoir quatre ou cinq ans; un de mes passes  temps favoris était de m'allonger sur l'herbe dense et gorgé de soleil, et regarder le dôme d'azur immaculé au-dessus de moi ; le bleu si limpide, si mystérieux, si lointain et si proche, me fascinait au point que je prenais des petits cailloux et je les lançais au ciel,  aussi haut que je le pouvais, pour les suivre du regard jusqu'à ce qu'ils tombent, pour les ramasser ensuite et les examiner, les sentir, les tâter, et voir s'ils étaient tâchés de bleu dans la mesure où ils avaient touché le ciel ! Bien sûr j'était un peu déçu, mais c'est comme ça que j'ai appris que le ciel était très loin, étrange et qu'il me dépassait. Le ciel me fascine toujours autant, et il garde pour moi une odeur particulière de cailloux chauds.

" Je suis hanté. L'Azur ! L'Azur ! L'Azur ! L'Azur !" Mallarmé

 

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